Module 2 — Armes à feu à chargement par la bouche
Poudre noire, anatomie d'une arme à chargement par la bouche, séquence de chargement sécuritaire et entretien.
La poudre noire : quatre granulométries, un seul usage propulsif
La poudre noire existe en plusieurs granulométries, identifiées par un nombre de F : plus il y a de F, plus les grains sont fins et plus l'usage prévu est spécifique.
Certaines armes modernes acceptent à la fois la poudre sans fumée, la poudre noire et des substituts : il faut toujours suivre les instructions du fabricant plutôt que de présumer qu'un produit convient.
La poudre noire sert aussi dans certaines cartouches à douille métallique conçues spécialement pour des armes à feu prévues à cet effet. Même si leur nom ressemble à celui d'une cartouche moderne à poudre sans fumée, les deux ne sont jamais interchangeables : chaque cartouche ne doit servir que dans l'arme pour laquelle elle est conçue.
Types de poudre noire
| Granulométrie | Description et usage |
|---|---|
| Fg | Poudre à grains très grossiers. Utilisée dans les mousquets à âme plus large. |
| FFg | Granules plus fins que le Fg. Utilisée dans les fusils de chasse à chargement par la bouche, les carabines de gros calibre et les pistolets coup par coup de calibre .45 et plus. |
| FFFg | Granules plus fins que le FFg — le type le plus courant. Utilisée dans presque tous les revolvers et pistolets à chargement par la bouche. |
| FFFFg (pulvérin) | La poudre la plus fine. Sert uniquement à l'amorçage du bassinet — jamais comme charge propulsive. |
Anatomie d'une arme à chargement par la bouche
On utilise encore aujourd'hui des mousquets, des carabines et des fusils de chasse à chargement par la bouche, mais la plupart de ces armes sont en fait des reproductions de vieux modèles plutôt que des pièces d'origine.
Sur ces armes, la poudre est versée directement dans la bouche du canon, suivie d'un calepin et d'une balle (ou d'un sabot, ou de grenaille). Un petit trou à l'arrière du canon, la lumière, permet à une flamme d'atteindre la charge et de la faire détoner. Sur un fusil à silex, cette flamme vient de l'étincelle produite quand le chien frappe la batterie; sur une arme à percussion, elle vient du choc du chien sur une capsule détonante.
La poudre noire est classée comme un explosif : chaleur, friction, électricité statique ou choc brusque peuvent suffire à l'enflammer. Elle demande donc une manipulation particulièrement prudente, et une formation complémentaire auprès de spécialistes de la poudre noire est recommandée avant de s'y risquer seul.
- Crosse et plaque de couche : partie arrière en bois de l'arme, épaulée pour tirer; la plaque de couche en forme l'extrémité
- Fût : partie en bois sous le canon, tenue par la main avant
- Canon et bouche de canon : tube dans lequel se fait tout le chargement, de la bouche (avant) vers la cheminée ou le bassinet (arrière)
- Cheminée : sur une arme à percussion, pièce filetée sur laquelle on pose la capsule détonante
- Baguette : tige rangée sous le canon, utilisée pour charger l'arme et pour la nettoyer
- Boîte à chiffon : compartiment aménagé dans la crosse pour ranger les chiffons de nettoyage
Est-elle chargée ? Vérifier avant de manipuler
Toute vieille arme à chargement par la bouche doit d'abord être examinée par un armurier compétent avant d'être utilisée. Pour vérifier qu'elle n'est pas amorcée : pointer le canon en direction sécuritaire, garder le doigt hors du pontet, s'assurer que le chien n'est pas armé, puis vérifier si une capsule détonante ou de la poudre d'amorçage se trouve dans le bassinet — et la retirer le cas échéant.
Savoir si le canon contient déjà une charge est plus difficile : les tireurs expérimentés marquent leur baguette pour repérer la profondeur d'un canon vide, d'un canon chargé avec projectile et d'un canon chargé sans projectile. En insérant la baguette marquée, on peut alors comparer la profondeur atteinte à ces repères.
Si l'arme est dotée d'un cran de sûreté, il faut l'actionner avant de la charger. Pour un modèle qu'on ne connaît pas, il faut vérifier auprès du fabricant les caractéristiques de sécurité propres à cette arme, ainsi que la marche à suivre pour la charger et la décharger.
La séquence de chargement, étape par étape
Le chargement suit toujours le même ordre : d'abord une charge de poudre mesurée avec un instrument volumétrique (jamais versée directement de la corne ou de la poire à poudre), puis le projectile (calepin et balle, ou bourre et grenaille), enfoncé à l'aide d'un bloc de départ, puis pressé fermement avec la baguette jusqu'à toucher la charge sans laisser d'espace. Vient enfin l'amorçage : poudre d'amorçage dans le bassinet pour un fusil à silex, ou capsule détonante posée sur la cheminée pour une arme à percussion.
Pour charger une balle, on étale le calepin (ou l'enveloppe) sur la bouche du canon, on y dépose la balle côté plat vers le haut, puis on l'enfonce dans l'âme à l'aide du bloc de départ court avant de couper l'excès de calepin qui dépasse. Pour charger de la grenaille, on insère plutôt une rondelle de bourre suivie d'une rondelle de fibre enduite de lubrifiant, on verse la quantité de grenaille voulue, puis on pose par-dessus une mince rondelle de carton pour maintenir le tout en place. Dans les deux cas, un coup de main sur le bloc de départ amorce ensuite la descente du projectile dans l'âme avant de le presser fermement avec la baguette.
Avant de charger, on vérifie l'âme et la cheminée avec une baguette munie d'un chiffon pour s'assurer qu'aucune obstruction ne s'y trouve, et on essuie l'excès de graisse. Sur une arme à canons multiples, il faut vérifier après chaque coup que le projectile du second canon n'a pas été déplacé vers l'avant par le recul, et ne jamais charger la chambre suivante tant que la capsule détonante de l'autre chambre n'a pas été retirée de sa cheminée.
Une arme à chargement par la bouche déjà chargée peut néanmoins être transportée d'un lieu de chasse à un autre, à condition d'avoir retiré au préalable la capsule de mise à feu (ou le silex). Il faut par ailleurs toujours consulter les règlements provinciaux ou territoriaux en vigueur à ce sujet.
Nettoyer après chaque séance de tir
La poudre noire est très corrosive et attire l'humidité : sans nettoyage rapide, la rouille s'installe. Comme pour toute arme, on suit d'abord les règles TPTO et on PROUVE qu'elle est sécuritaire avant d'y toucher; on la nettoie ensuite avec un solvant conçu pour la poudre noire ou simplement de l'eau chaude savonneuse, à l'aide d'un écouvillon dont le diamètre correspond à celui de l'âme. Des chiffons humides permettent de ramollir la poudre séchée qui aurait durci dans le canon. Un nettoyage bâclé peut laisser des résidus de carbone incandescents dans le canon — dangereux si l'arme est rechargée peu après.
Les règles d'or de la poudre noire
Ces armes méritent autant de précaution que n'importe quelle arme moderne, avec quelques règles qui leur sont propres.
- N'utiliser que de la poudre noire ou un substitut homologué (par exemple, le Pyrodex) — jamais de poudre sans fumée dans une arme à chargement par la bouche
- Toujours mesurer la charge avec un instrument volumétrique, jamais en versant directement depuis le contenant
- Respecter la charge maximale indiquée par le fabricant et garder la poudre loin de toute source de chaleur ou d'étincelle
- Considérer tout raté comme un possible long feu : attendre au moins 60 secondes, canon en direction sécuritaire
- Porter des lunettes de sécurité et une protection auditive
- Ne jamais s'appuyer sur la bouche du canon ni se tenir devant elle
- Ne jamais transporter une arme amorcée avec le chien armé, sauf prêt à tirer immédiatement
- Sur une arme à canons multiples, ne jamais charger la chambre suivante tant que la capsule détonante de l'autre chambre n'a pas été retirée
- Une arme à chargement par la bouche contenant de la poudre et/ou une balle est considérée chargée — elle ne s'entrepose jamais dans cet état