Module 5 — Munitions
Rayures, calibres, composition des cartouches, étranglement, dangers courants et règles d'entreposage des munitions.
Canon rayé et canon lisse
Une carabine a un canon rayé : des sillons en spirale creusés à l'intérieur, séparés par des cloisons qui délimitent le diamètre original du canon. En sortant du canon, la balle est mise en rotation par ces rayures, ce qui la stabilise en vol, un peu comme un ballon de football lancé en vrille. Un fusil de chasse a plutôt un canon lisse, sans rayures.
Le calibre correspond au diamètre intérieur du canon. Il peut être exprimé en système impérial (millièmes de pouce) ou métrique (millimètres), et se mesure généralement de cloison à cloison. La règle de sécurité de base est simple : il faut toujours se fier au poinçon gravé sur le canon pour connaître le calibre exact — jamais le deviner.
Ce que contient une cartouche de carabine
Une cartouche moderne de carabine réunit quatre éléments : la balle (le projectile, généralement en plomb ou en alliage de plomb, parfois recouverte d'une enveloppe de métal plus dur), la charge propulsive (la poudre), la douille (habituellement en laiton, qui contient tout le reste) et l'amorce (une petite capsule chimique qui explose sous l'impact du percuteur et enflamme la poudre).
On distingue deux familles de cartouches selon l'emplacement de l'amorce : la percussion annulaire, où l'amorce se trouve dans le bourrelet creux au pourtour de la douille (c'est le cas du très répandu .22), et la percussion centrale, où l'amorce est logée au centre du culot, utilisée pour des munitions plus puissantes. Un détail important : tirer une arme à percussion annulaire sans cartouche dans la chambre (« tir à vide ») peut l'endommager.
Les cartouches à percussion annulaire sont toutes de calibre .22 ou .17 HMR. Le .22 est de loin le plus répandu et existe en plusieurs longueurs : BB, courte, longue et long rifle. Il existe aussi le .22 Magnum, qui n'est pas interchangeable avec les autres cartouches .22. Ces munitions sont généralement en plomb et lubrifiées avec de la graisse ou une cire spéciale pour réduire l'accumulation de plomb dans le canon; lorsqu'elles sont entièrement recouvertes de cuivre, on les dit chemisées.
Les balles se déclinent aussi en plusieurs formes selon l'usage recherché : à pointe ronde, à pointe creuse, à pointe conique, à cloison médiane (une paroi interne qui limite la pénétration) ou à ogive d'interdiction. Une balle chemisée est entièrement recouverte d'une enveloppe de métal plus dur (cuivre, laiton rouge ou acier); si le plomb reste exposé à la pointe, on parle plutôt de balle semi-chemisée. La douille, elle, est le plus souvent en laiton, mais peut aussi être en acier, en cuivre ou en aluminium.
Bien lire la désignation d'une cartouche
Le nom complet d'une cartouche, poinçonné sur le culot et imprimé sur la boîte, ne se limite pas au calibre : il sert aussi à distinguer des cartouches de calibre voisin mais incompatibles entre elles. Deux cartouches qui semblent similaires peuvent ne pas être interchangeables (par exemple .303 Savage et .303 British, .300 Savage et .300 Win Mag, ou encore 7-mm Mauser et 7-mm Remington Magnum), d'où l'importance de toujours comparer le poinçon du canon à celui de la cartouche avant de charger.
Le mot « magnum » qui apparaît parfois dans le nom désigne historiquement une version plus puissante d'un calibre donné ; c'est aujourd'hui autant un argument commercial qu'une description technique, mais ça reste un élément du nom à vérifier attentivement — un .22 Magnum, par exemple, n'est pas interchangeable avec les autres cartouches .22. En cas de doute sur une arme sans poinçon lisible, il faut la faire vérifier par un armurier plutôt que de tenter sa chance.
Fusils de chasse : canons et calibres
Les fusils de chasse modernes peuvent tirer de la grenaille (plusieurs petits plombs) aussi bien qu'un projectile unique (balle à bout rond, balle rayée ou balle sabot logée dans une capsule de plastique qui se détache en vol), un peu comme une carabine. Le canon rayé d'un fusil de chasse fait tourner ces projectiles à leur sortie, ce qui les rend semblables à des balles de carabine et améliore leur précision et leur portée. Certains modèles ont un étranglement fixe, d'autres des tubes interchangeables qui se vissent à la bouche du canon selon le type de tir recherché.
Le système de calibre des fusils de chasse suit une logique historique différente de celle des carabines : il correspond au nombre de billes de plomb, du même diamètre que l'âme du canon, qu'il faut réunir pour obtenir une livre. Un calibre 12 signifie donc que 12 billes de ce diamètre pèsent une livre — plus le chiffre est petit, plus le canon est large (calibre 10 ≈ 0,775 po de diamètre, calibre 12 ≈ 0,725 po, calibre 16 ≈ 0,665 po, calibre 20 ≈ 0,615 po, calibre 28 ≈ 0,545 po). Le calibre .410 fait exception : c'est le seul qui indique directement le diamètre de l'âme, soit 0,410 pouce, car il a été créé plus tard que les autres.
L'étranglement (choke)
L'étranglement est un léger rétrécissement du canon près de la bouche qui contrôle la dispersion de la grenaille à la sortie, un peu comme on règle le jet d'un boyau d'arrosage avec le bec. Plus l'étranglement est serré, plus le groupement reste concentré, ce qui favorise la portée mais peut être excessif à courte distance. Un canon sans étranglement (dit « cylindrique ») donne la dispersion la plus large, adaptée aux tirs rapprochés ou aux gros plombs.
Beaucoup de fusils modernes acceptent des tubes d'étranglement interchangeables, qui se dévissent et se remplacent directement à la bouche du canon. Le choix dépend aussi du type de grenaille utilisée (plomb, acier, bismuth, fer-tungstène), chaque matériau produisant un groupement différent une fois tiré — c'est au tireur d'apprendre à connaître le groupement propre à son arme et à sa munition.
- Étranglement plein : la dispersion la plus étroite; convient aux longues portées, mais le groupement serait trop dense et trop concentré pour la chasse à courte distance
- Étranglement modifié : dispersion plus ouverte, adaptée aux portées moyennes; généralement recommandé pour la chasse à découvert
- Étranglement cylindrique amélioré : convient aux courtes portées; à plus longue distance, le groupement serait trop dispersé pour atteindre la cible efficacement
- Canon cylindrique (aucun étranglement) : la dispersion la plus ouverte, réservée aux portées les plus courtes ou aux gros plombs comme les chevrotines
Ce que contient une cartouche de fusil de chasse
Une cartouche de fusil de chasse compte un élément de plus qu'une cartouche de carabine : la grenaille (ou une balle rayée unique pour le gros gibier), la bourre (qui sépare la poudre de la grenaille et protège celle-ci des gaz chauds), la charge propulsive, la douille (souvent une combinaison de laiton, de plastique et de papier) et l'amorce, toujours à percussion centrale.
La taille des plombs varie selon la cible visée : plus les billes sont petites et nombreuses, plus elles conviennent à de petites cibles rapprochées; les gros plombs et les chevrotines sont réservés à des cibles plus grosses ou plus éloignées. La grenaille peut être en plomb, en acier, en bismuth ou en fer-tungstène — à cause de préoccupations écologiques, les matériaux autres que le plomb sont de plus en plus répandus.
- Pour les billes de plomb ou d'acier, plus le numéro est petit, plus la bille est grosse
- Pour les chevrotines, c'est l'inverse : plus le numéro est élevé (jusqu'à 000), plus la chevrotine est grosse
- Attention : la grenaille d'acier peut endommager certains vieux canons — en cas de doute, consulter le manuel du fabricant ou un armurier
Danger : mélanger les calibres
Les cartouches de calibre 12 se déclinent en plusieurs longueurs courantes (70 mm / 2¾ po, 76 mm / 3 po, 89 mm / 3½ po), toujours mesurées après le tir — une cartouche neuve est un peu plus courte que sa désignation. Charger une cartouche plus longue que ce qu'indique le poinçon du canon peut faire éclater celui-ci, la douille dépliée ne pouvant pas se loger correctement.
Un des accidents les plus documentés du tir au fusil de chasse survient quand une cartouche de calibre 20, plus petite, est chargée par erreur dans une arme de calibre 12 : elle glisse dans le canon et se coince plus loin, de façon invisible, dans le cône de forcement. Si une cartouche de calibre 12 est ensuite chargée par-dessus et tirée, le canon peut éclater et projeter des fragments de métal, causant des blessures graves, voire mortelles. D'où l'importance de toujours vérifier le poinçon du canon et de ne jamais mélanger les boîtes de munitions.
Sur un fusil de chasse moderne, le poinçon indique généralement trois renseignements essentiels : le calibre, la longueur maximale de cartouche que la chambre peut recevoir et le type d'étranglement du canon. Il faut aussi se méfier de la longueur de chambre : certains fusils de chasse européens sont fabriqués avec des chambres de 2 ou 2½ pouces, et y tirer des cartouches de 2¾ pouces est dangereux. En cas de doute, consulter un armurier — les fabricants arrondissent souvent la longueur indiquée sur la boîte, qui peut varier légèrement de la longueur réelle de la cartouche avant le tir.
Balistique et trajectoire
La balistique étudie le déplacement des projectiles dans l'air. Les armes à feu modernes ont une portée impressionnante : certains fusils de chasse dépassent la longueur d'un terrain de football, et certaines carabines peuvent tirer des balles à plus de cinq kilomètres. Chaque munition a aussi un pouvoir de pénétration propre, ce qui veut dire qu'un projectile ne s'arrête pas forcément où le tireur le voudrait — d'où la règle de toujours identifier sa cible et ce qui se trouve derrière elle avant de tirer.
La trajectoire, soit la courbe suivie par le projectile en vol, dépend de quatre facteurs : la gravité (qui la courbe vers le sol), la résistance de l'air (qui la ralentit), la vitesse initiale et la masse du projectile. C'est pourquoi le canon est orienté légèrement au-dessus de la ligne de visée : le projectile croise cette ligne deux fois avant d'atteindre sa cible.
Des tableaux de portée dangereuse existent pour les munitions de carabine et de fusil de chasse; ils donnent une idée de la distance jusqu'à laquelle un projectile peut représenter un danger. Pour un fusil de chasse, cette portée dépend surtout de la grosseur des plombs — plus ils sont gros, plus la portée dangereuse est grande — et de leur matériau : à taille égale, la grenaille d'acier, de bismuth ou de fer-tungstène a une portée dangereuse plus courte que celle de plomb. Les balles rayées de fusil de chasse ont, elles, une portée dangereuse nettement supérieure à celle de la grenaille.
- Faire feu uniquement sur des cibles se trouvant à l'intérieur de la portée efficace de l'arme et de la munition
- Tenir compte de la distance que le projectile risque de parcourir au-delà de la cible
- Être prêt à rendre compte de l'endroit où s'arrêtera la balle qu'on tire
Tableau : portée dangereuse des munitions de carabine
Le manuel présente cette portée sous forme de graphique à barres, à titre indicatif seulement — la portée réelle varie selon l'angle de tir, la charge exacte et l'altitude. Ce tableau reformule ces valeurs en chiffres approximatifs.
Portée dangereuse au niveau de la mer, par calibre de carabine
| Calibre | Portée dangereuse (approx.) |
|---|---|
| .22 LR | ≈ 1,1 mille (≈ 1,8 km) |
| .222 Remington | ≈ 1,4 mille (≈ 2,3 km) |
| .243 Winchester | ≈ 2,3 milles (≈ 3,6 km) |
| .270 Winchester | ≈ 2,5 milles (≈ 4,0 km) |
| .300 H&H Magnum | ≈ 2,7 milles (≈ 4,4 km) |
| .308 Winchester | ≈ 2,6 milles (≈ 4,1 km) |
| .338 Winchester Magnum | ≈ 2,6 milles (≈ 4,2 km) |
| .458 Winchester | ≈ 2,6 milles (≈ 4,1 km) |
Source du manuel : The Sporting Arms and Ammunition Manufacturers' Institute (SAAMI). Valeurs lues sur le graphique du manuel — utiliser pour comparer les calibres entre eux, pas comme mesure de précision.
Tableau : portée dangereuse des munitions de fusil de chasse
Même principe pour le fusil de chasse : plus le numéro de la grenaille est petit, plus la bille est grosse et plus sa portée dangereuse est grande — et les balles rayées vont nettement plus loin que la grenaille.
Portée dangereuse au niveau de la mer, par numéro de grenaille et par balle rayée
| Munition | Portée dangereuse (approx.) |
|---|---|
| Grenaille n° 9 | ≈ 163 m |
| Grenaille n° 7½ | ≈ 185 m |
| Grenaille n° 6 | ≈ 217 m |
| Grenaille n° 4 | ≈ 261 m |
| Grenaille n° 2 | ≈ 308 m |
| Grenaille n° 1 | ≈ 608 m |
| Grenaille n° 0 | ≈ 649 m |
| Grenaille n° 00 | ≈ 675 m |
| Balle rayée, calibre 12 (1 oz) | ≈ 739 m |
| Balle rayée, calibre 20 (⅝ oz) | ≈ 739 m |
| Balle rayée, calibre .410 (⅓ oz) | ≈ 768 m |
Source du manuel : Journée's Formula. La grenaille d'acier, de bismuth ou de fer-tungstène a une portée dangereuse plus courte que la grenaille de plomb de même taille.
Ratés et défaillances : garder son sang-froid
Trois incidents de tir sont à connaître. Le non-feu (ou raté) : la cartouche ne part pas du tout — elle ne doit jamais être réutilisée. Le long feu : un retard entre la percussion de l'amorce et le départ du coup, potentiellement dangereux si le canon n'est plus pointé en direction sécuritaire à ce moment-là. Le coup d'amorce : seule l'amorce s'allume, sans poudre, ce qui peut suffire à loger la balle dans le canon sans qu'on s'en aperçoive — une obstruction invisible et dangereuse si on tire un autre coup par-dessus.
Devant un raté apparent, la procédure de sécurité est toujours la même : garder le canon pointé en direction sécuritaire et attendre 60 secondes, au cas où il s'agirait d'un long feu, avant d'ouvrir le mécanisme et de retirer la cartouche. Il faut ensuite vérifier qu'aucune obstruction ne bloque l'âme du canon avant de continuer à tirer.
Entreposer les munitions correctement
Les munitions doivent être gardées hors de portée des enfants et loin des matières inflammables, dans un endroit frais, sec et si possible ventilé — l'humidité favorise la corrosion, qui peut causer un enrayage, et un contenant non ventilé présente un risque en cas d'incendie.
Pour une arme à feu sans restriction, les munitions ne doivent pas être entreposées avec l'arme, sauf si l'ensemble est rangé dans un contenant verrouillé qui ne peut pas être forcé facilement. Dans tous les cas, il ne faut jamais exposer des munitions avec une arme à feu.
Ressources naturelles Canada, qui réglemente les munitions à titre d'explosifs, permet de garder chez soi une quantité raisonnable de munitions sportives — normalement la quantité nécessaire à l'usage d'une carabine, d'un fusil de chasse ou d'une collection — pour son usage personnel seulement, et non pour la revente.
- Ne transporter que les munitions prévues pour l'arme utilisée, idéalement dans leur contenant d'origine
- Ne jamais faire d'essai avec des munitions inconnues, ni utiliser de vieilles munitions corrodées
- Ne jamais substituer poudre sans fumée et poudre noire l'une à l'autre
- Il peut être dangereux d'utiliser des munitions modernes dans une arme à feu ancienne
- Pour le rechargement, suivre les manuels à la lettre et manipuler les amorces avec grande prudence, car il s'agit de dispositifs explosifs